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Les cygnes : blancs ou noirs, mythologiques ou populaires

Ces grands oiseaux, sauvages et migrateurs, ou sédentaires et domestiqués, sont fascinants par l'éclat de leur plumage rehaussant une allure princière, empreinte de fierté et de noblesse.

Les plumages blancs, totalement blancs, sont rares dans le monde des oiseaux sauvages.

Peut-être parce que c'est un privilège dangereux.

Aussi, peut-on s'étonner d'en voir revêtis les plus gros oiseaux de nos pays: le Cygne tuberculé ou muet (Cygnus olor), le Cygne sauvage (Cygnus cygnus) et le Cygne de Bewick (Cygnus bewickii).

D'autres cygnes, introduits chez nous comme oiseaux d'ornement, possèdent un habit noir et blanc: ce sont le Cygne noir (Cygnus atratus), originaire d'Australie, et le Cygne à col noir (Cygnus melanocoryphus), d'Amérique du sud.

La longueur du cou est une autre caractéristique de ces grands palmipèdes appartenant à l'un des quatre groupes formant la famille des Anatidés (en compagnie des canards, des oies et des harles).

Ce long cou flexible, en l'immergeant et, parfois, en plongeant tout l'avant du corps, permet à l'oiseau de fouiller sans peine la vase et les plantes aquatiques en eaux peu profondes et riches en végétation.

Origine et mythologie

La dénomination « Cygne »(en usage chez nous depuis le XII siècle) est un mot latin emprunté au grec « kukuos » depuis Lucrèce et Cicéron.

Les Cygnes sont des oiseaux mythologiques.

Chez les Grecs, il est l'oiseau d'Apollon.

Ce dieux des oracles, de la médecine, de la poésie, des arts, des troupeaux, du jour et du soleil serait né après sept mois de grossesse (début du printemps) à Délos, un jour ou des Cygnes font sept fois (chiffre magique) le tour de l'île.

Zeus, son père, lui offrit un char attelé de Cygnes qui l'emportèrent au paradis des Hyperboréens (peuple imaginaire) d'où ils viennent.

Apollon eut d'ailleurs un fils appelé Kyknos qui fut comme sa mère, changé en Cygne à sa mort.

En Asie, ils sont symboles de pureté, de beauté, d'élégance et de noblesse.

Chez les Celtes, c'étaient des oiseaux solaires, tirant la barque du soleil.

Le Cygne tuberculé ou muet : le plus commun de nos régions

Cygnes tubérculésLe Cygne tuberculé (Cygnus olor) est le plus répandu des Cygnes, d'où parfois sa désignation de « Cygne domestique ».

Mais il doit son nom par allusion à la petite excroissance qu'il porte à la base du bec et que n'ont pas ses congénères.

En allemand, il est désigné sous le nom de « höckerschwan », ce qui signifie « Cygne à bosse ».

Anciennement, le Cygne tuberculé s'appelait Cygne muet (en anglais mute swan), car il est avare de manifestations vocales.

Il s'exprime cependant discrètement, surtout au printemps, sous forme de cris, rappelant un son de trompette faible et rauque, et de quelques bruits nasillards, bas et étouffés.

Cette espèce est originaire de l'Europe orientale et du Nord-Ouest ou elle niche librement sur les grands lacs et le long des rivières.

Chez nous, ce sont donc des individus ni indigènes, ni sauvages, mais issus de lointains descendants domestiqués qui ornaient, déjà au Moyen-Age, les parcs seigneuriaux.

Souvent gardée en captivité ou en semi-libertée, cette espèce s'est essaimée un peu partout, formant des souches semi-domestiquées.

Elle s'est à tel point acclimatée qu'elle est devenue sédentaire ou faiblement erratique, l'instinct migrateur ayant disparu avec la crainte de l'homme.

Cependant, ses mœurs n'ont pas changé et, en dépit de certaines adaptations, nos Cygnes familiers vivent comme leurs frères sauvages.

Pourtant, même si nos Cygnes ont perdu leur comportement migratoire, ils volent parfaitement et c'est même un spectacle impressionnant d'observer ces grands oiseaux, étincelants de blancheur, en plein essor au-dessus des plans d'eau de nos parcs urbains.

De loin déjà, l'on entend le son musical et rythmé produit par les puissants battements de leurs ailes en un « vaou vaou vaou » cadencé.

Ces vols locaux, qui ne sont souvent que de cours déplacements entre deux sites voisins, nécessitent un envol laborieux sur une longue piste de départ, l'élan étant obtenu tant par une course sur l'eau que par la puissance des ailes.

Et, lorsque ces lourds oiseaux se posent, c'est également avec les pattes qu'ils freinent et piétinent la surface de l'eau pour atténuer le choc.

Au bord de l'eau, sur les pelouses, les Cygnes se reposent volontiers, tantôt pour nettoyer leur plumage, tantôt pour y dormir couchés sur le sol.

Leurs déplacements sur la terre ferme sont d'une gaucherie plutôt cocasse car ils se dandinent avec lourdeur.

Mais lorsqu'ils regagnent leur élément, ils redeviennent des princes de fière prestance.

Peut-on se lasser de les contempler quand ils gonflent superbement leurs ailes bouffantes au-dessus du dos, quand le cou si flexible s'incurve avec élégance.

Mais cette attitude est souvent le signe d'une humeur agressive ou jalouse car il se montre généralement très territorial.

Aussi sociable soit-il, il n'a pas un caractère doux et conciliant.

Sa colère n'est pas sans danger pour l'intrus qui l'approche et qu'il accueille avec un sifflement rauque et irrité, cherchant à le pincer de bec, avec menace de lui donner un violent coup d'aile.

Les couples se forment ou se retrouvent pendant les mois d'hiver, ou d'automne déjà, et se livrent aux préliminaires des noces.

Face à face, le mâle et la femelle rapprochent leurs têtes, se caressent les joues, d'un côté, puis de l'autre, en balançant le cou comme un point d'interrogation qui ondule en lentes spirales.

Après ces tendres démonstrations, accompagnées de cris très doux, ils plongent alternativement le bec ou la tête dans l'eau, redressent chaque fois le cou avec lenteur, puis entremêlent de nouveau leurs mouvements gracieux et cadencés.

Il est certain que bien des couples restent unis pendant plusieurs années, peut être même toute leur vie ( Géroudet 1959).

Le nid, une vaste construction hétéroclite de branchages et de débris végétaux divers ramassés aux alentours, abrite 5 à 7 oeufs pondus dès la fin mars et qui éclosent après cinq semaines d'incubation.

Peu après l'éclosion, les poussins, au duvet gris-brun dessus, sont conduits à l'eau, mère devant, père derrière.

Le plumage des jeunes Cygnes devient blanc à la fin de la première année, mais ces jeunes n'atteignent leur maturité sexuelle qu'à l'âge de trois à quatre ans.

En hiver, la famille est encore unie mais, dès le retour du printemps et de la saison des amours, les adultes ne supportent plus sur leur territoire leur progéniture de l'année écoulée: les jeunes sont chassés et émigrent vers d'autres lieux.

En Belgique, les Cygnes tuberculés domestiqués se rencontrent un peu partout, dans des sites relativement sauvages, des marais d'affaissements miniers, des canaux (comme Bruges), très localement sur la Meuse, mais surtout sur les plans d'eau de nos parcs périurbains ou le commensalisme vis-à-vis de l'homme y est plus ou moins développé (Jacobs 1988).

En hiver, les Cygnes apprécient particulièrement l'abondante nourriture distribuée par les passants: déchets de verdure, grains et pain.

Le statut de protection du Cygne détient le record d'ancienneté en Grande-Bretagne puisqu'il remonte à 1482.

A cette époque (et encore maintenant sur certains sites privilégiers), les oiseaux étaient marqués (soit au bec, soit sur une palmure) et appartenaient à la Couronne Britannique.

Le Cygne sauvage ou chanteur : un oiseau de légende

Cygne chanteurSi ce Cygne est appelé « sauvage » en français, en néerlandais (wilde zwaan) et en italien (Cigno sevatico), c'est pour marquer, certainement, l'opposition de son statut, dans ces pays, avec la domesticité plus ou moins affirmée du Cygne tuberculé.

Par contre, en d'autres langues et aussi, anciennement en latin ( cygnus musicus brecht), il est désigné sous le synonyme de Cygne chanteur ou siffleur: en allemand (singschwan), en espagnol (cisne cantor) et en anglais (whooper swan, signifiant « qui crie »).

Ceci également en opposition avec le Cygne tuberculé, appelé également Cygne muet.

Les légendes bien connues du « chant du cygne » et de la « mort du cygne » sont fondées sur un phénomène physiologique: sa dernière expiration, en passant par la trachée, produit ce qu'on appelle en musique un son « mourant ».

Ceci n'enlève rien à la pureté mélodieuse; aux nombreuses variations et nuances difficile à rendre par des mots, des cris exprimés suivant l'humeur de l'oiseau, tout à fait impressionnant.

Cygne chanteurCe Cygne boréal, qui se reproduit dans la toundra arctique, en Islande et jusqu'au sud de la Suède, n'apparaît chez nous (en très petit nombre) qu'en « migrateur », autre caractère appuyant son appellation de « sauvage ».

Venant d'ailleurs, ce Cygne est aussi « sauvage » par son peu d'attirance pour la proximité humaine, même en période de nidification.

En contrées nordiques, son avenir reste donc assuré tant qu'il restera des zones sauvages paisibles ou il jouit d'une parfaite liberté.

Cependant, dans ses quartiers d'hivernage, si les eaux sont prises par la glace, son régime végétarien(principalement composé de plantes aquatiques) le force à gagner la terre ferme et à tirer parti, après récolte, des champs de betteraves ou même de pommes de terre ou à brouter les herbes ou les jeunes céréales.

Les mœurs et les allures de Cygne sauvage sont assez semblables à celles du Cygne tuberculé.

De même taille, on remarque toutefois que le Cygne sauvage ne relève jamais les ailes arquées au-dessus du dos lorsqu'il nage, que sa queue reste horizontale, que son cou droit comme un bâton, toujours perpendiculaire au corps, paraît plus rigide et que les battements d'ailes en vol sont quasiment silencieux.

Sa démarche terrestre est également plus aisée et rapide.

Le profil triangulaire de la tête et les couleurs jaune et  noire du bec restent cependant les meilleurs caractère d'identification.

Par hiver très rigoureux, ces Cygnes migrateurs descendent du Danemark e.a. vers nos régions plus tempérées, mais toujours en très petit nombre, de quelques individus isolés en Belgique jusqu'à 1400 individus aux Pays-Bas (1995).

L'observation du Cygne sauvage reste donc, pour nous, un événement ornithologique de premier choix.

Le Cygne de Bewick ou nain : sibérien et personnalisé

Cygne de BewickLe Cygne de Bewick (Cygnus bewickii) ressemble beaucoup au Cygne sauvage, mais sa taille est un peu plus petite, le cou est court, plus épais et légèrement recourbé.

Le profil de la tête est moins aigu, la tête plus petite et plus ronde, ce qui lui donne un aspect d'oie.

Le bec est moins jaune et la pointe en est noire jusqu'au-dessus des orifices nasaux.

Et à propos de cette coloration jaune et noire du bec, le centre de recherches sur la sauvagine de Slimbridge,en Grande-Bretagne, a découvert qu'elle varie d'individu à individu.

A tel point que ces variations sont assimilées à des «empreintes digitales » qui personnalisent les oiseaux aussi visiblement que la méthode d'identification traditionnelle consistant à placer des bagues numérotées au tarse de l'oiseau.

Des milliers de Cygnes de Bewick ont ainsi été identifiés et fichés à Slimbridge ou cette espèce hiverne annuellent.

Les oiseaux sont également radiographiés, ce qui a permis d'établir accessoirement qu'une majorité significative d'individus porte des traces de plombs de chasse.

Et ce malgré la protection légale dont jouissent ces oiseaux tout au long de leur trajet migratoire qui les mène du Nord-Est de la Russie en Grande-Bretagne.

Car le Cygne de Bewick est le plus septentrional de nos trois cygnes.

Nichant dans les toundras de la Sibérie, la migration de cette population conduit cette espèce vers la mer Baltique et la mer du Nord dont elle fréquente les côtes, d'octobre à avril.

Le Cygne de Bewick doit son nom à naturaliste anglais célèbre pour ses gravures animalières (1753-1828).

Jadis, cette espèce avait comme synonyme Cygne nain ( cygnus columbianus ou cygnus minor), compte tenu de sa taille plus petite, tout relativement, par rapport à celle du Cygne sauvage.

Elle porte encore cette dénomination aujourd'hui en plusieurs langues : en néerlandais (kleine zwaan), en allemand (zwergschwan) en  italien (cigno minore) et en suédois (mindre sängsvan)

Toutes les espèces de Cygnes présentées ci-dessus bénéficient d'un stat légal de protection intégrale en Europe occidentale.

Cygnes de Bewick

Le Cygne noir : un Cygne pas comme les autres

Cygne noirLes premières observations du Cygne noir (Cygnus atratus) furent réalisées par des navigateurs néerlandais en Australie, d'où cette espèce est originaire, et consignées en 1698 dans un ouvrage scientifique édité à Londres par Nicolas Witsen (1641-1717).

La récolte des oeufs et le tir ou la capture de ces oiseaux en période de mue semble encore être une occupation courant dans la partie occidentale du pays.

Quant à l'histoire de l'acclimatisation de cette espèce en Europe occidentale, il faut se rapporter aux «écrits relatant les voyages et la biographie du zoologue français F. Péron par M. Girard (1857).

Ceux-ci précisent que le bateau baptisé « le naturaliste » ,affrété par F. Péron, embarqua un plein chargement de Cygnes noirs en 1800 qu'il ramena, le 7 juin 1803, au Havre.

Suivant les souhaits de Péron, un couple fut offert à l'Impératrice Joséphine de Beauharnais qui occupait le château de Malmaison, à Versailles.

Ce n'est qu'en 1831 que le zoo de Londres hébergea son premier couple, exemple suivi par le Néerlandais P.J Polvliet de Rotterdam en 1858 (Van Den Mark, 1969)

Le Cygne noir s'est dès lors facilement acclimaté aux variations climatologiques et aux conditions de captivité.

Dès que cette espèce fut mieux connue, son expansion se généralisa dans son état de semi-domestication que l'on connaît de nos jours.