Bilan du suivi de la migration des Cigognes blanches 2008 « Messagère du printemps », « Oiseau porte-bonheur », « Symbole de la longévité », « Porteuse de bébés », la Cigogne blanche est un symbole fort dans l’imaginaire collectif de l’Homme. Facilement reconnaissable grâce à son bec et à ses pattes rouges, à son plumage noir et blanc ainsi qu’à son cou tendu pendant le vol, la Cigogne blanche ne laisse personne indifférent. Quelques notions de base de son écologie La Cigogne blanche est un oiseau des milieux ouverts. Elle fréquente volontiers les zones marécageuses et les prairies humides mais aussi les pâturages et les zones de culture. En Europe, elle chasse seule ou en groupe les petits rongeurs comme les mulots ou les campagnols, dans les près humides ou les champs. Elle se nourrit aussi de taupes, de musaraignes, de vers de terre et de quelques poissons, têtards ou grenouilles. Pour nicher, elle affectionne les bâtiments: églises, grosses fermes, cheminées ou ruines. Elle occupe très volontiers des supports aménagés artificiellement sur les toits de divers bâtiments ou sur des pylônes.
Répartition et situation des Cigognes blanches en Europe et plus particulièrement chez nous
L'aire de répartition des Cigognes en Europe est scindée en deux parties : la première couvre une grande partie de la péninsule ibérique : la seconde, le centre et le sud-est de l'Europe, ainsi que la Russie blanche. Les deux sous-populations occidentale et orientale présentent des variations différentes du nombre de couples nicheurs observés. Il est établi que la sous-population orientale, la plus nombreuse, est globalement stable voire même en expansion. A l'inverse, dans tous les pays accueillant la sous-population occidentale, une chute dramatique des effectifs nicheurs a été enregistrée entre les années ’30 et ’80, puisque la plupart de ces pays ont vu leur nombre de cigognes diminuer de plus de 50% entre 1958 et 1974. Les Pays-Bas, le Danemark, la Suisse, la France et le Sud de l'Allemagne étaient même à la limite de l'extinction dans les années ’70. Ces variations démographiques dans la sous-population occidentale seraient liées à des conditions de météorologie et d'habitat très différentes par rapport à celles rencontrées par la sous-population orientale au cours de la migration. En effet, l'Afrique de l'Ouest a été soumise, jusque dans les années ’80, à de nombreuses sécheresses qui ont affecté directement le nombre d'individus en Europe de l'Ouest, alors que, plus à l'Est, les Cigognes suivent régulièrement un front pluvieux qui leur assure des ressources alimentaires abondantes. La désertification de l'Afrique de l'Ouest, en particulier au niveau du Sahel, serait donc une des causes à l'origine de la raréfaction des Cigognes d'Europe de l'Ouest.
De plus, une raréfaction des habitats favorables en Europe occidentale, pourrait avoir influencé l'installation de couples nicheurs dans ces pays. Le développement d'une agriculture intensive limite en effet de plus en plus les zones de prairies humides. Enfin, d'autres facteurs, comme la pression de la chasse, le développement des lignes électriques ou la pollution aux pesticides, sont également avancés comme jouant un rôle certain dans la mortalité pendant la migration.
Depuis 1984, la tendance s'est inversée. En dix ans, la sous-population occidentale a augmenté d'environ 75% alors que, pendant le même temps, la sous-population orientale n’a augmenté que de 15% environ. Il semble que des conditions climatiques moins sévères en Afrique de l'Ouest, à partir du milieu des années 80, le changement des méthodes culturales en Espagne ainsi que la possibilité de trouver de la nourriture, à tout moment, dans les décharges peuvent avoir fortement favorisé l'installation de nouveaux couples. Notons que l’augmentation des couples nicheurs dans les pays plus nordiques est principalement due à des programmes de réintroduction, comme en Alsace où un formidable projet de réintroduction a augmenté les effectifs de 9 couples nicheurs en 1974 à 300 couples reproducteurs en 2001. Qu’en est-il de la Cigogne blanche dans notre pays ?
Ce bel échassier est très peu représenté dans notre pays. En Belgique, l’espèce n’avait plus niché depuis la fin du 19ième siècle, avec un dernier couple à Gistel en 1895. Cependant, les nidifications sporadiques et isolées qui se sont produites depuis 1972 dans notre pays laissent espérer un retour plus régulier de l’espèce chez nous. On a ainsi vu des nidifications se dérouler à Hachy en 1972, à Samart de 1979 à 1981 et, plus récemment, à Horion-Hozémont (2000 à 2007) et Dakman-Lokeren (2000 à 2008). Vous pouvez également rencontrer des cigognes aux alentours du Zwin, de Planckendael ou du Parc Paradisio qui se sont échappés des parcs en question mais la nidification de ces individus reste tout à fait artificielle. Les Cigognes que vous observez chez nous sont donc pour la plupart des migrateurs qui ne font que passer…
La migration des Cigognes blanches Migratrice, elle quitte donc l’Europe entre la fin juillet et la mi-septembre à cause du manque de nourriture pour gagner le sud de l'Europe et l'Afrique. La sous-population occidentale migre par le sud-ouest pour franchir le détroit de Gibraltar et rejoindre ensuite les quartiers d’hivernage en Afrique occidentale, tandis que la sous-population orientale traversera le Bosphore pour se rendre en Afrique de l'est jusqu'en Afrique du sud. Les oiseaux survolant nos régions sont donc en route pour Gibraltar… Dès la fin du mois d'Août, les cigogneaux se regroupent et partent en migration vers le sud avant les adultes. Ils mettent quelques semaines pour atteindre les points d'eau africains où la nourriture est abondante. Les jeunes Cigognes y trouvent toutes les conditions pour parvenir à la maturité sexuelle en au moins deux hivers. Ce n'est donc qu'âgées au minimum de 2 ans et demi qu'elles reviennent en Europe pour effectuer leur première reproduction, avant de refaire le voyage tous les ans une fois adultes. Les adultes, quant à eux, quittent l'Europe un peu plus tard que leur progéniture, en Septembre. Ils atteignent leurs quartiers d'hiver africains en suivant le trajet inverse de celui de Janvier et y retrouvent parfois quelques groupes de Cigognes noires. Contrairement à de nombreux autres oiseaux, les Cigognes en migration s'arrêtent tous les soirs, ce qui leur permet de se reposer et se nourrir. En effet, elles ne peuvent voler qu'en pleine journée car elles utilisent les courants d'air ascendants (thermiques) provoqués par le soleil réchauffant la terre. Si les conditions climatiques sont favorables, l'envergure de leurs ailes leur permet de se laisser porter par ces courants d'air chaud qui montent vers les couches supérieures de l'atmosphère. Le vol battu n'est donc utilisé par les Cigognes que pour des trajets très courts. Alors que le passage printanier est assez discret, la migration postnuptiale (automnale) de la Cigogne blanche est souvent spectaculaire. Pendant les jours pluvieux et froids, la migration des Cigognes est en effet stoppée et on peut alors assister à des rassemblements impressionnants. C’est le cas notamment de la concentration exceptionnelle de Cigognes qui s’est déroulée en Alsace, en août 1946, où près de 880 individus s’étaient rassemblés. C’était aussi le cas chez nous, comme chaque automne, lors de la grande migration de cet oiseau mythique. Suivi de la migration des Cigognes blanches en Belgique
Cette année, la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux (LRBPO) a lancé un vaste suivi de la migration des Cigognes blanches dans notre pays. Des appels à témoin ont été publiés dans un grand nombre de journaux mais aussi diffusé à la radio et à la télé. Plus de 250 témoignages et une cinquantaine de photos nous sont parvenus. Au total, plus de 750 observations ont été récoltées grâce notamment au site http://waarnemingen.be/ de Natuurpunt. Les objectifs de ce suivi étaient de mieux connaître les déplacements des Cigognes blanches, de déterminer leurs couloirs de migration mais aussi d’informer les médias et le grand public.
Les nombreux individus qui ont été observés chez nous proviennent des pays situés plus au nord, notamment des Pays-Bas, d'Allemagne et du Danemark. Comme le reste de la sous-population occidentale, ces individus se rendent vraisemblablement en Afrique occidentale (Mali, Sénégal,…), en passant par le détroit de Gibraltar. Cependant, de plus en plus d'individus hivernent au Nord du Maroc et en Espagne. La carte reprenant la totalité des observations (Figure 1) nous indique qu’une majorité d’observations ont été effectuées dans la région flamande (63%), suivi par la région wallonne (35%) et enfin par Bruxelles où seule 2% des observations ont été réalisés. La très grande majorité des observations nous est venue de Wallonie mais le site de Natuurpunt, regroupant les observations d’oiseaux de notre pays, a fait exploser les scores en faveur du Nord du pays. Le plus souvent, ce sont des groupes de 1 à 10 Cigognes qui ont été aperçus dans notre ciel, vu que 525 groupes de cette taille ont été répertoriés. Cependant, des rassemblements plus importants ont tout de même été enregistrés : 91 groupes de 11 à 20 Cigognes, 68 groupes de 21 à 50 et 60 groupes de 51 à 150 individus. Défiant toutes concurrences, un groupe de 200 à 266 Cigognes a été aperçu, à 4 reprises, en plein vol, direction sud, le 16 août. Vu l’importance du groupe, la concordance de la direction et de la date, nous pouvons supposer qu’il s’agit des mêmes oiseaux. Figure 1 – Carte globale regroupant toutes les observations recueillies.  La toute première Cigogne de cette migration 2008 a été aperçue le 2 juin, dans la province d’Anvers. Tout au long de ce même mois, des petits groupes de 1 à 10 Cigognes, le plus souvent des individus solitaires, ont parcouru notre pays. Il s’agissait probablement des jeunes de l’année qui partent en migration plus tôt que les adultes. De même que pour le mois de juin, le mois de juillet et la première quinzaine d’août ont vu défiler des petits groupes de Cigognes (1 à 10 individus). Seuls 3 groupes d’une trentaine de Cigognes ont été aperçus pendant la première quinzaine d’août. La grosse vague de migration s’est déroulée, quant à elle, pendant la deuxième quinzaine d’août : 264 groupes de Cigognes ont été ainsi répertoriés dont le plus gros rassemblement observé cette année (plus de 200 individus) (Figure 2). Cette importante vague de migration s’est poursuivie jusqu’à la première quinzaine de septembre où plus de 50 groupes comptabilisant entre 50 et 150 individus ont été enregistrés. Par après, fin septembre et en octobre, des individus isolés ont, à nouveau et majoritairement, été observés mais cela de manière plus sporadique qu’au début de l’été. Les dernières observations de novembre annoncent doucement la fin prochaine de cette grande migration…Figure 2 – Nombre et type de groupes de Cigognes observés par mois (par quinzaine en août et en septembre).  Les provinces qui ont le plus souvent (entre 55 et 72 jours) observé la migration des Cigognes sont la Flandre orientale et Anvers, suivi par le Brabant flamand (42 jours) (Figure 3a). Les provinces qui comptabilisent, quant à elles, le plus grand nombre cumulé de Cigognes sur leur territoire sont par contre Anvers et Liège (entre 1200 et 1600 cigognes), suivi par la Flandre orientale (974 individus) (Figure 3b). Notons qu’il ne s’agit pas du nombre réel de Cigognes ayant traversé notre pays au cours de la migration. Certains groupes sont en effet restés plusieurs jours au même endroit, ont été signalés par plusieurs personnes au cours de leur migration ou encore se sont divisés et refusionnés entre eux. Nous avons par contre veillé à éliminer de ce comptage les groupes signalés par plusieurs personnes au même moment (même jour) car il s’agissait plus que vraisemblablement des mêmes groupes.
Figures 3 a - Nombre de journées d’observation de Cigognes blanches et Nombre cumulé de Cigognes blanches selon les provinces. Figures 3 b - Nombre cumulé de Cigognes blanches selon les provinces. De façon à visualiser un éventuel couloir de migration, nous avons également créé une carte plus détaillée représentant le nombre total de jours d’observations par communes (Figure 4). Cependant, notre pays est si petit en terme de superficie que les Cigognes ont presque survolé tout notre territoire au cours de cette migration vers le sud. En nous aidant des figures 3, nous pouvons toutefois déceler un couloir de migration plus important partant du NNE au SO. La figure 3b nous indique que la province de Liège a également vu un grand nombre de Cigognes passer sur son territoire, mais ce nombre élevé est surtout dû à un groupe de 50 cigognes resté « coincer » à Ouffet pendant quelques jours et cela à cause d’un refroidissement du climat.
Figure 4 – Nombre total de jours d’observation par communes.
 Un tiers des observations recueillies comprenait une description du comportement de l’animal. Certaines ont été observées en vol tandis que d’autres ont pu être admirées hauts perchées sur des poteaux d’éclairage d’autoroute ou de terrain de foot, des pylônes électriques, des antennes GSM, des toits de maison, des cheminées ou encore des toits d’église. Ces observations en hauteur dans les villages ont souvent été réalisées à la nuit tombée, les Cigognes s’apprêtant à se reposer de leur longue journée de voyage. Pendant la journée, les Cigognes qui ne volaient pas étaient souvent observées dans les champs, prés ou pâtures, occupées sans doute à se mettre des petits rongeurs dans le bec. Certaines ont ainsi été observées marchant et fourrageant à la suite d’un tracteur qui retournait la terre…une aubaine pour ces grands voyageurs ! Tout au long de cet été, au moins trois Cigognes ont été retrouvées mortes, électrocutées par des pylônes électriques… Cela nous rappelle que ce long voyage est loin d’être sans danger…
Conclusion.Ce suivi de la migration des Cigognes blanches à travers notre pays nous a apporté des informations très intéressantes. L’engouement des Belges pour ce bel échassier s’est manifesté au travers des nombreuses observations recueillies mais aussi des très belles et très nombreuses photos qui nous sont parvenues ! Nous remercions très chaleureusement toutes les personnes qui ont contribué à ce grand recensement et nous les invitons à ouvrir l’oeil l’année prochaine, à la même époque, pour observer à nouveau, tous ensemble, cette belle et grande vague blanche… Visitez notre galerie photos consacrée à cette migration et Merci à tous les photographes amateurs qui y ont chaleureusement contribué!!!
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